Jean-Claude : J’ai vu récemment une émission de télévision où vous étiez entourée d’enfants. Tous semblaient si heureux d’être auprès de vous ! Et surtout, il y avait dans leur regard une confiance totale. Est-ce que cette confiance-là vous a aidée à développer la vôtre ?
Claire Pimparé : Oui bien sûr, parce que je crois qu’on ne vient pas au monde avec cette confiance, mais on la développe tout au long de sa vie. Ces enfants-là m’ont permis d’accroître la confiance que j’avais perdue à un moment donné. Cette valeur dépend principalement de ceux qui éduquent les enfants. J’ai vu très souvent des parents enlever la confiance de leurs enfants par leur façon d’être et d’agir. C’est très facile de détruire la confiance chez quelqu’un et très difficile de la lui apporter.
Aviez-vous cette confiance qui donne tant d’aplomb aux comédiens ?
Je vais être très honnête avec vous, ma confiance est toute récente (rires) ! Même si tout au long de ma vie, j’ai eu des enfants autour de moi qui étaient purs, authentiques et qui, c’est vrai, avaient confiance en moi. Je pense à l’instant à ma fille Myriam. Je croyais qu’elle avait confiance en elle et je lui témoignais régulièrement celle que j’avais en elle. Et j’ai découvert que ce n’est pas de moi qu’elle voulait l’entendre, mais de son père.
Et vous-même, de qui vouliez-vous l’entendre ?
J’avais besoin de l’entendre de personnes plus âgées que moi, pour qui je travaillais. Je m’interrogeais souvent : est-ce qu’ils ont confiance en moi ? Je cherche toujours à aller vers ceux qui sont plus exigeants que moi pour vérifier ou pour me confirmer cette confiance en moi. Je me suis peut-être lancée dans ce métier pour vérifier cela et je peux vous dire que ça a pris beaucoup de temps avant que j’aie confiance en moi. De plus, la confiance en soi est une arme à double tranchant.
C’est-à-dire ?
J’ai vu des gens qui, par excès, l’utilisaient pour contrôler, dominer et même pour détruire à l’occasion. Là est le danger. J’ai vu aussi des parents dire à des enfants tout ce qu’ils devaient faire et le message était : « Je n’ai pas confiance en toi, c’est ça que tu vas faire ». Alors que la confiance, c’est ce qui nous apporte naturellement la motivation de faire quelque chose ; c’est relié. On a confiance en soi et cela nous motive pour aller plus loin. Mais c’est vrai que la confiance a tardé à s’installer en moi. J’ai encore des doutes (rires) !
Beaucoup de gens vont se retrouver à travers vos propos. Mais si cette confiance a tardé, est-ce parce que vous ne l’aviez pas vous-même trouvée dans le regard de votre père, comme pour votre fille ?
Mon père est aujourd’hui décédé et jusqu’à la dernière seconde avant qu’il ne quitte son corps, j’ai cherché à avoir sa confiance. Donc effectivement, c’est vrai. Je savais que c’était difficile d’obtenir cette reconnaissance chez mon père. Ce n’était pas juste obtenir de lui qu’il me dise, « je t’aime ». Je voulais qu’il me dise : « Je suis fier de toi, j’ai confiance en toi ». Je recherchais encore de lui ce message qui aurait fait que j’aurais eu confiance en moi. J’ai donc réalisé que c’est de moi que ça devait venir, non pas de lui. Alors, il a fallu que je bâtisse en moi cette confiance-là qui n’est pas venue d’ailleurs. Et Dieu merci, l’expérience de la vie m’a fait grandir.
Finalement, cette confiance n’est venue que de vous, vous l’avez rencontrée et consolidée en vous. Votre père n’aurait peut-être pas su faire mieux.
Absolument. Concernant ma fille Myriam, je me rends compte que ce sont les situations, c’est-à-dire le vécu qui compte plus que d’avoir répété que j’avais confiance en elle. Un an après qu’elle se soit installée seule en appartement, à 16 ans, elle s’est mise à douter. C’est là qu’elle a découvert sa vraie confiance en elle, parce qu’elle était dans l’action, c’est elle qui le vivait, elle n’attendait plus de personne qu’on lui dise. Elle s’est prouvée à elle-même qu’elle avait raison d’avoir confiance en elle. Et pour moi, le plus beau cadeau que l’on puisse donner à quelqu’un que l’on aime, c’est de le mettre dans les situations, un peu comme mon père l’a fait inconsciemment. Il n’était plus là, je n’avais plus le choix, je ne pouvais plus attendre de lui qu’il me dise, j’ai confiance en toi, il fallait que ça vienne de moi.
Dans mes conférences ou les entretiens privés que j’ai, j’insiste sur le fait que nous sommes tous enceints de notre futur. Si l’on a confiance en ce que l’on est, en ce que l’on perçoit et que l’on a confiance en nos capacités, on est capable de construire le futur. Vous avez structuré toute votre carrière sur un minimum de confiance, tout de même.
Le futur est là, il se prépare à travers une vision, mais en même temps il faut provoquer des choses. C’est comme la braise d’un feu de camp ; elle est rouge et prête à recevoir une bûche pour l’enflammer. Il n’en tient qu’à nous de mettre une bûche ou d’y mettre de l’eau. Il existe mille raisons pour ne pas avancer, pour ne pas nourrir notre vision et ne pas aller vers son futur. Par exemple, je me prépare à partir pour accomplir le chemin de Compostelle. C’est une aventure exceptionnelle que je m’offre en cadeau. Je me fais confiance et je sais que je peux le faire. J’ai aussi conscience que je vais vivre des moments très difficiles et je ne sais pas comment je vais réagir, comment mon corps va réagir en marchant 1.200 km. C’est toute la préparation mentale d’amour, je me fais confiance et je plonge dans la vie. Je ne sais pas si je réunirai la somme d’argent nécessaire. Mon corps va-t-il suivre ce que j’ai à l’intérieur de moi. Ma confiance me fera trouver des solutions alors que mes doutes me feront trouver de bonnes raisons de renoncer. J’ai donc provoqué le futur en réservant tout de suite mon billet d’avion !
Donc la confiance est une qualité de vie, une force, un état intérieur. J’aime aussi associer la confiance à la foi.
Je trouve dommage que les gens n’aient plus la foi. Ils n’ont plus cette croyance en eux-mêmes. Nous sommes ce que nous voulons être et il faut travailler en ce sens. Cette recherche intérieure que j’ai faite, cette croyance ou la foi que j’ai en moi m’a appris à ne jamais me décourager. Bon, j’ai 50 ans et tout à coup j’ai comme cadeau la confiance qui est enfin là et je sais que je vais pouvoir faire de grandes choses avec son aide.
Par exemple, Compostelle ? Il faut vraiment avoir grande confiance en soi, en l’autre aussi, en la vie et dans ce qu’on va rencontrer sur le chemin.
Absolument. Mais ce n’est pas nous qui faisons le chemin. Quand on fait le chemin de Compostelle, ce n’est pas nous qui le faisons, c’est le chemin qui nous fait. L’emblème du pèlerin de Compostelle, c’est la coquille Saint-Jacques. Elle est faite comme la main et on la place dans un sens pour prendre tout ce que le chemin va nous donner et, au retour, on le met dans l’autre sens pour redonner et partager ce que le chemin nous aura offert.