Dans son travail de consultant, Peter Koenig a réalisé que même si une personne avait de bonnes idées, une vision solide et des valeurs bien ancrées, très souvent il arrivait des difficultés, souvent d’ordre économique, qui venaient entraver la mise en oeuvre de ses projets, comme si quelque chose de plus profond se jouait au niveau de l’inconscient. Voici une quinzaine d’années, et après 7 ans de recherches, il a découvert que ce "quelque chose" était en lien avec la relation que nous entretenons avec l’argent.
Q. Le seul fait de dire ces deux mots, argent et spiritualité, nous fait tressaillir, comme si ça n’allait pas du tout ensemble !
R. Pour la plupart des gens, ces deux aspects sont difficiles à concilier. Pourtant, nous vivons dans un quotidien qui est en lien avec l’argent. Pour beaucoups, le quotidien se situe au niveau du "faire" : travailler pour gagner de l’argent, pour se donner l’espoir qu’un jour on pourra faire ce qu’on veut. Mais que veut dire "faire ce qu’on veut" ? Si l'on cherche sincèrement et profondément ce que l’on veut, on entre alors dans un chemin spirituel.
Q. Nous sommes conditionnés à croire qu’il faut travailler pour gagner de l’argent, pour ensuite faire ce que l’on veut. D’entrée de jeux, vous nous invitez à renverser cette idée ?
R. Oui, car ce modèle ne fonctionne pas. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui parvient à faire ce qu’il veut grâce à ce système ! Quand on commence à faire ce que l’on veut, si on est passionné (si on fait les choses avec passion !), on devient conscient que tous nos besoins sont comblés, l’argent inclusivement, pas exclusivement. Presque tout le monde, au moins une fois dans sa vie, a fait quelque chose qui, d’un point de vue "normal", semblait complètement fou, mais qui pourtant a bien fonctionné. Nous devons donc identifier sont les obstacles qui nous empêchent de faire ce que nous voulons dès maintenant. Dès que l’on amorce cette réflexion, des images de ce qu’on aimerait faire nous apparaissent. Mais aussitôt le mental prend le dessus en nous rappelant à l’ordre : vous devez nourrir la famille, les enfants, etc. Vous n’avez ni le temps ni l’argent pour réaliser ces rêves.
Q. Quels sont les principaux blocages que les gens entretiennent par rapport à l’argent ?
R. Ma première découverte fut de réaliser qu’ils étaient nombreux et différents. Après avoir posé la question : "Que représente l’argent pour vous ?", en cinq minutes nous obtenons 60 réponses différentes. Faites l’expérience ! Posez la question à des amis et vous découvrirez combien les réponses sont variées. Pour certains, les réponses tournent autour des notions de liberté, de sécurité, de pouvoir et de bonheur alors que pour d’autres l’argent est sale, il sent mauvais, il ne sert qu’à séduire… Il y a autant de choses positives que négatives et c’est là que le vrai travail commence. De manière inconsciente, on projette des tas d’idées sur ce véhicule neutre qu’est l’argent. L’argent n’est qu’un moyen comme le papier. Ça peut paraître simple comme ça, mais c’est aussi très profond, car tout ce que l’on entretient au niveau de nos pensées peut avoir des conséquences physiques qui vont se manifester dans les circonstances de notre vie. Si on dit que l’argent est une monnaie d’échange, il le devient effectivement parce qu’on en a décidé ainsi. Si on est conscient, l’argent devient alors notre outil. Mais à partir du moment où on projette une croyance de façon inconsciente sur l’argent, on cesse d’être libre, ça renverse notre relation avec l’argent et on devient son esclave. Il cesse d’être un outil !
Si, par exemple, je pense que l’argent représente la liberté, que se passera-t-il si je n’en ai pas ? Je ne me sentirai pas libre. Je vais donc commencer à courir après l’argent pour recouvrir ma liberté. C’est dans ce processus qu’on devient esclave et même si on gagne beaucoup d’argent, notre liberté est déjà perdue! C’est ce qui explique pourquoi tant de gens riches se sentent toujours inquiets en n’étant pas du tout libres. Il est important de comprendre ici que ce que nous cherchons à découvrir, ce ne sont pas toutes les projections, mais uniquement les projections inconscientes que nous entretenons sur l’argent, car le bon usage de l’argent est un processus de projections qui doit être conscient. Ainsi, en amenant ces projections à notre conscience, l’argent reste un outil à notre service et non pas le contraire.
Q : Selon vous, il existerait deux grandes catégories chez les humains. Quelles sont-elles
R. Il s’agit là d’une vérité relative sur laquelle on peut chercher encore et encore, mais comme nous l’avons vu, il y a des projections positives sur l’argent, comme le bonheur, la liberté, la sécurité, et d’autres qui sont jugées négatives. Ceux qui projettent des valeurs positives, comme la liberté, courent après l’argent. Ils en veulent toujours plus pour sécuriser leur existence, ce qui est impossible, car on ne peut pas sécuriser l’existence qui est, par définition, pleine d’imprévus! Ces personnes n’ont aucun problème à recevoir de l’argent et lorsqu’elles en ont, ils essaient de le placer pour en acquérir davantage ! Il y a aussi ceux qui projettent des aspects négatifs et qui voient l’argent comme quelque chose de sale, de mauvais. Ces gens fuient l’argent. Ils disent qu’il faut de l’argent pour vivre, mais en fait, s’ils en reçoivent, ils ne le considèrent pas comme « leur argent ». Ils le dépensent immédiatement dans des buts charitables ou autres, car inconsciemment ils croient que l’argent est malsain.
À un niveau plus profond, la première catégorie de gens cherche à sécuriser son existence et la deuxième a la sensation de ne pas mériter cet argent, cherchant alors à le repousser et à le remettre entre les mains des premiers venus! C’est ainsi que la planète fonctionne depuis toujours. Cela montre le rapport qu’on a avec l’argent. Si on pense qu’il faut réformer le système financier sans reconnaître cette réalité qui est souterraine, on reste dans l’illusion, car il s’agit là de la base psychologique de ce système ! Zurich est reconnu principalement pour deux choses : c’est le centre mondial financier et c’est aussi l’emplacement du Centre Carl Gustav Jung. Mon travail représente justement ces deux aspects. Alors que beaucoup de personnes pensent que la Suisse est le pays le plus abondant au monde, il faut savoir qu’on a ici le plus important taux de suicide per capita. Cela montre que bonheur et possessions matérielles ne sont pas forcément liés et qu’il y a autre chose...
Q : Que représente alors l’abondance pour vous?
R : On vit dans l’abondance lorsqu’on se réapproprie les aspects de nous qu’on a inconsciemment évincés et projetés à l’extérieur, sur l’argent par exemple. À l’instant où on pense que l’argent représente la liberté, on cesse d’être libre! Si on pense que l’argent représente la sécurité, c’est qu’on se sent peu sûr. Si on pense qu’il symbolise le pouvoir, ça signifie qu’on se sent intérieurement impuissant. L’abondance est un processus qui consiste à se réapproprier ce qu’on a projeté à l’extérieur de soi. Lorsque je découvre que je suis libre avec et sans argent, c’est déjà un sentiment d’abondance qui entre en moi.
Q. C’est le genre de petite formule magique que vous nous faites prononcer lors de vos ateliers. Si pour moi l’argent représente la liberté, vous allez m’inviter à dire : « Je suis libre avec et sans argent » et là, tout à coup, quelque chose se produit !
R. Oui. On développe en soi un espace intérieur qui donne la liberté. Si on prend conscience qu’on a le pouvoir, la puissance, avec et sans argent, quelque chose s’ouvre à l’intérieur et c’est déjà une libération en soi. L’être humain projette partout et tout le temps. Mais les projections sur l’argent sont les plus profondes. Nous projetons sur la notion de l’argent ce que nous ne voulons pas accepter de nous-mêmes. Grâce à ces phrases, on apprend à se réapproprier aussi bien les choses positives que négatives, comme la saleté par exemple. On apprend à accepter tous les aspects de soi. On peut se dire : "Je suis sale et c’est merveilleux !"… Si on travaille en touchant la bonne cible, des résultats incroyables se produisent ! Quand on se réapproprie tous ces aspects de soi, on devient l’abondance, on devient le Tout. Nous sommes bons, nous sommes mauvais, nous sommes sales, nous sommes propres, impuissants, puissants, sécurisés, inquiets… Chaque aspect de nous doit pouvoir se confronter à toutes les circonstances que nous allons rencontrer dans la vie. Ce n’est pas bon d’être toujours confiant, mais il y a des circonstances où il faut l’être! Plus on se réapproprie tous les aspects de nos personnalités, plus on devient abondant.
Q. Quel est le lien entre l’argent et l’illumination?
R. Si on commence à se réapproprier ces qualités, on est dans le processus de s’illuminer, car chaque fois qu’on s’enrichit de quelque chose qui n’était pas présent, on devient plus abouti, plus illuminé. On peut sentir cette nouvelle liberté, c’est vraiment ça la croissance spirituelle, individuelle et collective ! Le dernier pas à franchir est de se dire : "Je suis illuminé !" Mais il y a un état qui survient avant l’illumination, c’est celui de l’abandon. Tous les sages ont décrit cette dernière phase qui consiste en un grand lâcher-prise, à accepter d’être tout à fait abandonné, c’est-à-dire totalement seul. Il n’y a personne, il n’y a rien qui puisse nous sauver sinon nous-mêmes. Nous avons tous vécu, d’une façon ou d’une autre, une expérience d’abandon dans notre vie. On nous dit qu’il fallait guérir cet état. Pour moi, il ne s’agit pas d’un état à guérir, mais d’un état à accepter. C’est peut être le plus grand défi à réaliser, ça vaut vraiment la peine, car à partir de ce moment, on réalise qu’il n’y a plus rien à perdre et tout à gagner !
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