L’expression “capital santé” est dans l’air du temps. Qu’en diriez-vous ?
Les gens s’entendent pour dire que telle personne a plus de santé que telle autre, une santé plus forte, une santé plus équilibrée, moins de problèmes. D’autres estiment que leur “capital santé” est très faible du fait d’un handicap physique et/ou psychologique. Un jour, une patiente m’a dit : “Mais comment se fait-il que tout cela m’arrive ?" Que dire à une personne qui fume beaucoup, ne fait pas de sport, vit seule, etc. ? Il y a des facteurs qui dépendent de la personne elle-même et d’autres qui sont liés à l’environnement, au passé, etc. Des personnes mises dans des conditions extrêmes résistent plus longtemps parce qu’elles ont de meilleures réserves mieux réparties, un organisme plus sain, peut-être mieux entretenu.
Comment connaître nos besoins réels en termes de santé ?
Quel que soit notre âge, quelle que soit notre condition physique, nous avons tous une espèce d’intuition qui nous guide vers une activité physique. Il s’agit là d’un besoin personnel. Certaines personnes poussent trop loin leur organisme parce qu’ils ont accumulé trop de tension et veulent changer à toute vitesse ; d’autres négligent complètement leur santé. Mais il y a aussi des gens qui, contre toute attente, réagissent très bien face à un accident ou lors d’un handicap particulier, alors que d’autres qu’on pensait solides s’effondrent. Bruno Bettelheim disait que “dans les camps de concentration, ceux dont j’attendais qu’ils soient solides – comme ceux qui ont suivi une analyse – s’effondraient souvent très rapidement. Et d’autres qui n’étaient pas pour moi un modèle d’équilibre, comme les Témoins de Jéhovah résistaient fort bien”. Cela montre qu’il existe certaines psychologies qui peuvent offrir des modalités d’adaptation et même de survies bien plus fortes que d’autres qui semblent plus souples et plus adaptées.
Pourquoi fait-on trop ou pas assez en matière de santé ?
Je vous rassure, il y a des gens qui font ce qu’il faut. D’autres manquent un peu de normes et actuellement, beaucoup sont désorientés parce qu’ils ont perdu ce rapport à la nature, un rapport lié aussi à toute une histoire, les usages avant ne changeaient pas, l’exemple des parents, des grands-parents et des arrières-grands-parents restait toujours valable. Aujourd’hui, on innove sans savoir si les produits que l’on crée ne se révéleront pas pathogènes demain. Nous sommes en train en quelque sorte de les tester, parfois à nos risques et périls. Regardez la vache folle, les protéines génétiquement modifiées ou le sang contaminé...
Dans notre recherche d’un équilibre et d’une qualité de vie, quelle est aujourd’hui la place du corps ?
Ce qui est fondamental à mon sens, c’est que trop de gens fonctionnent encore avec la tête d’un côté et le corps de l’autre. On voit beaucoup d’intellectuels – et malheureusement souvent ils nous gouvernent !… – qui marchent uniquement à la réflexion. J’ai actuellement en traitement un pilote qui traite sa femme comme si c’était un avion avec des réacteurs ! Il lui demande pourquoi elle fonctionne comme ci ou comme ça et s’étonne qu’elle ne lui réponde pas. Je lui dis : “Ecoutez, Monsieur, quand vous vous voyez, embrassez-la. Ne lui demandez pas pourquoi elle fonctionne de telle ou telle manière.”
Fort heureusement, avec le retour à la Nature, les gens font plus attention à leur corps. Entre le “tout intellectuel” qui conduit les gens à leur perte et le “tout physique” qui y conduit aussi, il y a des gens qui fonctionnent avec leurs émotions. Ceux qui vivent aux extrémités finissent par ressentir l’angoisse qui, pour moi, est la douleur de l’âme. Quand on ressent de l’angoisse, c’est qu’on vit mal en général ou qu’un danger se présente. Notre inconscient et notre corps sont souvent avertis de manière beaucoup plus fine et beaucoup plus adéquate que le conscient ; tout simplement parce que l’inconscient décode des informations internes, comme la qualité de notre fonctionnement sanguin, pulmonaire, etc. et des informations externes à la conscience – qu’on appelle aussi subliminales. A ce malaise, nous devons répondre en nous interrogeant sur l’ensemble de notre fonctionnement. Et c’est seulement si l’on ne trouve rien à changer par soi-même que l’on peut demander les conseils d’un médecin, d’un nutritionniste, etc.
Comment accueillir les symptômes qui nous permettent de garder le cap santé ?
Nous avons toujours beaucoup de mal à changer nos habitudes. Nous avons tendance à reproduire nos comportements et nous n’allons pas au fond de l’âme pour comprendre où est le problème. Il s’agit d’arriver à voir comment transformer notre vie de façon à ce qu’elle corresponde effectivement à ce “capital santé” ou qu’elle permette la restauration de ce capital. Il y a souvent des impératifs. Prenons l’exemple d’une dame à qui son médecin dit : “Vous avez eu deux cancers du sein, un cancer bilatéral du sein. Vous savez que le taux de récidive est très important, il faut faire très attention, etc.” Il ajoute assez finement : “Ecoutez, vous avez un mari qui vous trompe, vous avez des enfants qui sont affreux avec vous et qui sont à l’âge où ils n’ont plus besoin de vous. Alors pourquoi vous n’iriez pas aux Etats-Unis voir un médecin qui pratique la médecine ayur-védique dans un grand centre ?” La dame hésite, se dit que finalement si elle ne doit rester que quelques mois sur terre, être privée de sa famille un peu plus tôt, ça n’a pas grand sens. Elle part et elle guérit là-bas ! Son médecin lui dit au bout d’un certain temps : “Ecoutez madame, vous n’allez pas vivre au crochet de la société, travaillez.” Elle a donc été représentante en laboratoires médicaux et au bout de dix ans, elle en a eu assez. Elle est revenue en France où elle a d’ailleurs préconisé naturellement un certain mode de médecine.
Ce médecin a parfaitement compris que le cancer pouvait être le signe d’une personne qui vivait beaucoup de stress, de contradictions non exprimés et, à condition de réagir, de les transcender, elle pouvait accéder à la guérison.
Parmi les freins à la pratique d’une bonne hygiène de vie, certains évoquent les résistances de leur entourage ou le manque de temps.
Les gens se font des idées sur la façon dont leur entourage les voit, ils se morfondent de l’attitude des autres. Mais quand ceux-ci sont contactés directement, ils sont beaucoup plus ouverts. La première chose, c’est déjà soi-même de proposer un projet de vie adéquat. Si un mari dit à sa femme : “Demain, on part en Inde parce que je ne supporte plus la vie française.”, elle risque bien de refuser. Il faut savoir proposer des buts qui ont une logique. Avant de critiquer l’autre, il faut pouvoir examiner ce que l’on veut, examiner la manière dont on peut faire entrer un projet dans sa vie et ensuite en parler aux autres. Dans un premier temps, respectez une certaine confidentialité et ne vous attendez pas à ce que les autres en disent du bien. Il faut déjà voir si soi-même on l’accepte. Si c’est le cas, le message va passer. Donc c’est moins l’environnement qui gêne que l’idée qu’on en a.
La santé est une résultante d’un équilibre de vie jusqu’à des points qui sont habituellement inaccessibles, du moins logiquement, mais auxquels on peut accéder par méditation, par exemple. Il faut avoir au départ une perception continue ou globale de son propre fonctionnement. Je fais une croisade permanente pour que les gens acceptent leur vie dans son intégralité jusqu’à leurs intuitions qui peuvent paraître paranormales à certains et qui pour moi, sont parfaitement normales.
Propos recueillis par Yannick Le Cam
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